Site Hector Berlioz

Un document autographe de 1866

Les finances de Berlioz

Page d'accueil   Recherche

Contenu de cette page

Présentation
Le document de 1866
Transcription
Notes sur la transcription
Commentaire
Note sur la vente du Jacques
Choix de textes

Cette page est disponible aussi en anglais

Abréviations:

Bloom-Robert = Peter Bloom & Hervé Robert, À propos de la vie matérielle et de la condition sociale d’Hector Berlioz, Cahiers Berlioz 2 (1995)
CG = Correspondance générale (8 tomes, 1972-2003)
NL = Nouvelles lettres de Berlioz, de sa famille, de ses contemporains (2016)

Présentation

[…] Tu me dis comment j’ai pu faire autrefois?… mais j’ai été horriblement gêné et souvent endetté et n’ai été sauvé que par mes grands voyages. Aujourd’hui je suis incomparablement plus à l’aise sans doute; seulement il me paraît stupide de ne pas l’être tout à fait, faute d’un autre arrangement de fortune. Ce que tu dis es vrai, relativement à la position où je me suis toujours trouvé… Il n’y a pas autre chose à faire qu’à constater ce malheur et à s’y résigner. Je n’ambitionne pas une grande fortune, mais les taquineries des petites choses de la vie m’exaspèrent. […]

    Ainsi s’exprime Berlioz dans une lettre à sa sœur Adèle à l’époque de son déménagement en 1856 de la Rue de Boursault à la Rue de Vintimille, déménagement provoqué par la forte augmentation du coût de la vie à Paris à ce moment (CG no. 2125, 11 mai 1856).

    Berlioz appartenait aux classes moyennes de la société de son temps, et après les difficultés de ses années estudiantines dans les années 1820, il jouira d’un niveau de vie modeste mais confortable, et n’est pas mort dans la misère. Pour lui comme pour tant d’autres de sa classe sociale, tels ses parents et ses deux sœurs, il allait de soi qu’on avait à domicile en permanence une ou plusieurs domestiques: dans son appartement au 4 rue de Calais il sera soigné dans la dernière année de sa vie par un couple dévoué, Caroline Scheuer et Pierre-Guillaume Schumann, qui vivaient sur place (cf. NL p. 666). Mais il ne jouira jamais du train de vie de certains de ses contemporains, tels le compositeur Meyerbeer ou le librettiste Eugène Scribe; il ne sera jamais en mesure d’acquérir une propriété à Paris et restera toute sa vie locataire. La musique restera toujours pour lui sa première priorité, jamais l’accumulation de richesses.

Les revenus de Berlioz

    Dans une lettre de septembre 1857 Berlioz déforme malicieusement le proverbe en se comparant à une chèvre attachée où elle broute, mais lui doit toujours revenir à ses trois bercails: le Conservatoire, l’Institut et le Journal des Débats (CG no. 2246). Autrement dit, il ne dispose pas d’un salaire unique suffisant pour pourvoir à tous ses besoins. Il est nommé bibliothécaire adjoint au Conservatoire en 1838, puis bibliothécaire en 1850, avec un salaire annuel de 1500 francs qui est doublé en avril 1866 (CG VIII p. 414 n. 1). Mais pour toucher son salaire il doit faire acte de présence: chaque fois qu’il veut aller à l’étranger il doit demander permission de s’absenter, sans quoi il perd son salaire pour la durée de son voyage. Il est élu à l’Institut le 21 juin 1856 après plusieurs tentatives infructueuses; d’après sa correspondance il est clair que le prestige d’appartenir aux immortels ne pesait pas plus lourd à ses yeux que la possession d’un salaire modeste mais régulier (environ 1500 francs par an payé chaque mois), qui lui aussi nécessitait de faire acte de présence. Quant au Journal des Débats Berlioz renvoie ici bien entendu à sa position de feuilletoniste à ce journal qu’il détient de 1835 à 1863, position qui lui fournit une tribune puissante, mais qui est aussi pour lui une charge dont il rêve de se libérer, comme on peut le voir constamment dans sa correspondance.

    Ces trois postes ne constituent en fait qu’une partie de ses revenus. Après la mort de son père en 1848, les biens de ses parents sont partagés parmi leurs trois enfants toujours en vie: ses deux sœurs Nancy et Adèle, et Berlioz lui-même. Le partage n’est finalement conclu qu’en septembre 1854; la part de Berlioz consiste essentiellement en un grand domaine nommé le Jacques de quelque 38 hectares à Murianette près de Grenoble, et en un domaine plus petit d’un peu moins de 3 hectares au Chuzeau à la sortie de La Côte Saint-André, domaine nommé le Nan (on trouve aussi l’orthographe Nant dans quelques lettres de Berlioz — CG nos. 2123, 2833); Berlioz possédait aussi quelques terres de moindre importance à La Côte. De ces domaines Berlioz perçoit des rentes, et la propriété de La Côte produit aussi du vin, dont la plus grande partie est vendue sur place mais une partie est aussi expédiée à Berlioz à Paris (CG nos. 2329, 2427, 3138; voir aussi la lettre de Suat à Adèle du 10 septembre 1859).

Berlioz et ses finances

    Malgré sa situation relativement confortable, Berlioz n’a jamais pu se libérer totalement d’un sentiment d’insécurité financière, conséquence en dernier lieu de sa décision de poursuivre une carrière de compositeur. Composer de la musique, c’est encourir le risque de grosses dépenses. Composer demande beaucoup de temps, pendant lequel on ne gagne pas d’argent; faire exécuter sa musique suppose faire copier des parties d’orchestre et de chant, recruter des dizaines d’instrumentistes et de chanteurs, des répétitions, et la location d’une salle de concert. On ne peut jamais être sûr que la vente de billets couvrira les frais des préparatifs, moins encore qu’il en résultera un bénéfice net suffisant. Les conséquences financières de la composition et de l’exécution d’œuvres musicales hanteront Berlioz tout au long de sa carrière, comme on le lit à maintes reprises dans les Mémoires. Le problème surgit dès sa première composition d’importance, la Messe solennelle de 1824. Pour la faire jouer il lui faut de l’argent; il s’adresse d’abord à Chateaubriand, mais sans succès (chapitre 7), et pour finir emprunte 1200 francs à son ami Augustin de Pons (chapitre 8). Son échec au concours préliminaire du Prix de Rome en 1826 amène son père à lui retirer sa pension une première fois (chapitre 10). Pour rembourser sa dette envers Pons Berlioz est obligé de se serrer la ceinture, mais son père est informé par Pons de l’emprunt de son fils, le rembourse lui-même, mais retire la pension une deuxième fois (chapitre 11). La carrière du compositeur sera par la suite ponctuée d’angoisses financières de ce genre; quand il épouse Harriet Smithson en 1833 il assume du coup les dettes d’Harriet (chapitre 44), qui ne seront liquidées finalement que grâce au don généreux de Paganini en 1838, qui lui permet aussi to composer Roméo et Juliette (chapitre 49). Après l’échec de la Damnation de Faust en 1846 Berlioz est ruiné (chapitre 54) et ce n’est que le succès de son premier voyage en Russie l’année suivante qui le sauve de la banqueroute (chapitre 55). Les Mémoires racontent aussi l’histoire, qui se place quelque part au début des années 1850, de sa décision de renoncer à composer une symphonie qu’il avait entendue en rêve: il ne pouvait faire face aux dépenses qu’occasionerait son exécution, à une époque où sa femme avait besoin de soins constants (chapitre 59).

    Comme bien d’autres, Berlioz tient des comptes de ses revenus et dépenses; sa correspondance y fait parfois allusion (CG nos. 2180, 2194), et il y consacre visiblement beaucoup de soin. Avant son dernier voyage en Russie en novembre 1867 il prend soin d’organiser ses finances (CG nos. 3277, 3299), et à son retour en février 1868 il déclare vouloir mettre ses affaires en bon ordre (CG nos. 3337, 3338). On sait qu’il essaiera de maintenir ses comptes à jour jusqu’à presque la fin de sa vie (CG VII, p. 717 n. 1). Un détail intéressant qui ressort de l’inventaire après décès de ses biens (voir ci-dessous) est qu’il avait l’habitude dans son appartement de la rue de Calais ‘de payer chaque jour les dépenses de maison’. Même en voyage à l’étranger il tient des comptes. Parmi les nombreux papiers personnels de Berlioz conservés au Musée Hector-Berlioz à La Côte-Saint-André se trouve un carnet rempli de notes de toute sorte, y compris un relevé de dépenses de la fin de son séjour en Italie en 1832 (numéro d’inventaire R96.573). Un autre carnet note les dépenses de son voyage à Weimar et à Gotha au début de 1856 (numéro d’inventaire R96.575). Malgré ses multiples autres préoccupations, Berlioz s’efforce de rester maître de ses finances, mais n’y parvient qu’avec peine; dans sa correspondance il fait souvent l’aveu désarmant de ne pas y voir clair dans le détail de ses revenus (CG nos. 2107, 2180, 2194, 2255, 2275, 2329, 2659, 3013; voir aussi la lettre d’Adèle à son frère d’octobre 1851). La comptabilité n’était pas son fort.

    Mais si Berlioz est parfois vague quant au détail de ses revenus, il a une idée très claire de l’usage qu’il veut faire des biens hérités de ses parents (voir aussi la lettre d’Adèle de 1851 citée ci-dessus). Une fois entré en possession de son héritage, il arrive assez vite à la conclusion qu’il n’y avait pas lieu de garder ses propriétés en Dauphiné, notamment le grand domaine du Jacques près de Grenoble, mais aussi les propriétés à La Côte. Il n’allait jamais habiter là, il ne pouvait les gérer de Paris, et les rentes qu’il en tire sont bien au-dessous de ce qu’il pourrait réaliser si leur valeur était investie dans des actions et obligations. Il valait donc beaucoup mieux les vendre — ce qui aurait sans doute scandalisé son père, qui avait consacré son existence à consolider et augmenter les terres familiales. En 1856 Berlioz exprime catégoriquement la volonté de vendre ses domaines (CG nos. 2112, 2116, 2123, 2124). Mais vendre des propriétés rurales en province était plus facile à dire qu’à réaliser: les acquéreurs éventuels prêts à payer ponctuellement ne couraient pas les rues, et le projet doit être ajourné. Il semble que seules quelques parcelles de terre modestes furent vendues à La Côte en 1857 (CG no. 2255). Berlioz renonce à son idée pour l’instant, mais y revient en 1862 (CG no. 2659) et de nouveau l’année suivante (CG nos. 2688, 2694). En 1864 il fait une nouvelle tentative de vendre le Nan, son domaine à La Côte (CG nos. 2833, 2880), puis encore en 1867 (CG no. 3262), mais visiblement sans succès: à sa mort la propriété n’a toujours pas été vendue, comme il ressort de l’inventaire après décès de ses possessions (Cote troisième, Bloom-Robert pp. 64-5; sur ce document voir ci-dessous). Quant au domaine plus grand du Jacques un acheteur est finalement trouvé en 1864, mais pour Berlioz c’est le début d’une longue série de déboires. Le premier acheteur ne tient pas ses engagements; un second se présente finalement en 1866, plus ponctuel dans ses paiements que son prédecesseur, mais la vente du Jacques ne sera pas complètement liquidée à la mort de Berlioz (8 mars 1869). L’histoire de la vente du Jacques est longue et compliquée, et le témoignage des lettres de Berlioz n’est pas toujours clair. Une note séparée est consacrée à cette question ci-dessous.

    Berlioz ne pourra donc tirer tout le profit espéré de son héritage. Mais il cherchera tout de même à donner suite à son idée d’augmenter ses revenus au moyen de placements monétaires en actions rentables. La correspondance y fait plusieurs fois allusion en termes généraux (CG nos. 2112, 2116, 2123), mais mentionne aussi quelques cas particuliers. Il prend l’habitude d’investir ses économies à la fin de chaque année (CG no. 2329, en 1858), et il est question plusieurs fois d’investissements dans des compagnies de chemin de fer (CG no. 2659: le chemin de fer de Lyon, en 1862; CG nos. 2806 et 2807: le chemin de fer d’Orléans, en 1863; CG no. 2935:  le chemin de fer d’Orléans de nouveau, en 1864). Comme on le verra ci-dessous, le document de 1866 publié ici mentionne plusieurs fois des investissements de ce genre.

Les écrits de Berlioz

    On a déjà cité plusieurs fois les écrits de Berlioz. Il ne faut évidemment pas attendre des Mémoires des détails sur les finances de Berlioz au jour le jour: elles ne mettent en valeur que quelques épisodes particulièrement significatifs dans la carrière du compositeur. On ne trouvera ce genre de détail que dans sa correspondance, ou certaines parties de sa correspondance, dont des extraits sont reproduits ci-dessous en ordre chronologique (à partir de 1854, quand Berlioz entre en possession de son héritage).

    On constatera tout de suite que la grande majorité des lettres citées sont adressées à deux personnnes seulement, ses deux beaux-frères Camille Pal (1789-1879) et Marc Suat (1799-1869). Camille Pal est le mari de Nancy, la sœur aînée de Berlioz, et Marc Suat celui d’Adèle, sa sœur cadette. Hommes de loi tous les deux, ils connaissent bien le monde de l’argent et la gestion immobilière, et sont à même de gérer les domaines de leur beau-frère beacoup mieux que lui, retenu à Paris et souvent appelé à l’étranger. Pal habite Grenoble où il est juge à la cour civile, et Suat, notaire de profession, habite Vienne au sud de Lyon; tous deux sont donc à proximité des domaines de Berlioz. Ils sont tous deux propriétaires fonciers; Pal possède un domaine à St Vincent près de Grenoble, et Suat une ferme à Beaurepaire près de La Côte Saint-André. D’après un accord conclu en septembre 1854 Berlioz confiait la gestion de son grand domaine du Jacques à Camille Pal; on ne sait s’il existait un pareil accord entre Berlioz et Suat quant au domaine de La Côte, mais de toute façon Berlioz était très lié avec les Suat depuis des années, et il était naturel que Suat veille au terres de son beau-frère à La Côte. Il y eut parfois des froissements entre Pal et Suat (voir la lettre de Suat à Pal en 1856 et CG nos. 2106, 2123), mais tous deux s’acquittèrent de leur tâche de façon irréprochable; Berlioz n’eut qu’à se louer de ses deux beaux-frères et leur exprima bien des fois sa sincère gratitude. Les extraits de leur correspondance qui sont reproduits ici traitent essentiellement de banales questions d’argent, mais ils jettent une lumière inusitée sur un aspect de la vie du compositeur qui d’ordinaire ne retient pas l’attention. Ils révèlent aussi les deux beaux-frères sous un jour très sympathique. Il est assez touchant de voir Berlioz dans les derniers mois de sa vie se tourner plusieurs fois vers Camille Pal pour solliciter son aide: la crainte de manquer d’argent le tourmente, même si ses angoisses sont en grande partie imaginaires (voir les lettres de Camille Pal du 8 décembre et 28 décembre 1868, en réponse à des lettres que Berlioz lui adresse [CG nos. 3376 et 3377]). Ce qui est sans doute la toute dernière lettre connue de Berlioz, lettre pitoyable et parfois incohérente, datant du début de 1869, est adressée à Pal et fait état une dernière fois de ses angoisses en matière d’argent, et soulève une fois de plus la question du Jacques qui à ses yeux est un problème encore en suspens (CG no. 3381 dans NL p. 670-1).

    Un trait qu’on remarque à la lecture des lettres d’affaires de Berlioz mérite d’être souligné. Si Berlioz a parfois du mal à maîtriser clairement le détail de ses affaires d’argent, et doit s’adresser pour éclaircissements à ses deux beaux-frères, il tient quand même à s’en occuper personellement. Marie Recio, sa femme depuis octobre 1854, n’est jamais mentionnée à propos de ses affaires dans les textes cités ici, sauf pour une unique allusion quand il dit s’inquiéter de la minceur de l’héritage qu’il est en mesure de léguer à son fils et à sa femme (CG no. 2123). Rien dans ces lettres n’indique par ailleurs qu’il consultait régulièrement ou dépendait de l’avis de Marie Recio dans ses affaires financières.

Sources documentaires

    On connaît l’existence de comptes de la main de Berlioz, mais il s’agit de textes épars dispersés en différents endroits — musées, bibliothèques, collections privées — qui à notre connaissance n’ont pas encore été réunis et analysés dans leur ensemble. Par exemple, un lot de 40 feuilles de comptes pour les années 1859-1862 a fait l’objet d’une vente aux enchères (mais on ignore où il se trouve actuellement), et il existe aussi des comptes pour l’année 1862 (CG VI, p. 354 n. 1). À son retour de Russie en février 1868 Berlioz commence une nouvelle série de comptes qui se poursuit jusqu’en septembre 1868 (CG VII p. 672 n. 1, maintenant à la Library of Congress à Washington). Il est question aussi de comptes qui couvrent l’hiver de 1868-1869, la dernière entrée datant du 4 février 1869, un peu plus d’un mois avant la mort de Berlioz (CG VII p. 717 n. 1).

    Un grand nombre de documents privés de Berlioz se trouve maintenant au Musée Hector-Berlioz à La Côte, dont quelques-uns sont évoqués ailleurs sur cette page. Un document d’une importance capitale est l’inventaire après décès, établi dans les semaines après la mort du compositeur, de la totalité du contenu de son appartement au 4 rue de Calais: mobilier, vaisselle, habits etc. et aussi tous les papiers financiers faisant état de son avoir. Ce document existe au musée dans deux copies: la première, d’une main très fine, compte 20 pages en tout (numéro d’inventaire R96.1976), et reproduit l’essentiel du texte avec de très légères différences et quelques omissions, dont la plus importante est celle de la transcription du texte du testament de Berlioz. La seconde est une version complète, y compris la transcription du testament, calligraphiée avec le plus grand soin, d’une écriture très élégante et plus large, et qui compte 69 pages en tout (numéro d’inventaire R96.1977). Après l’inventaire détaillé du mobilier et d’autres biens, chacune des deux copies recense sous une série de cotes numérotées les documents financiers (actions, obligations etc.) que Berlioz possédait à sa mort, y compris ses domaines en Dauphiné. Le texte complet est reproduit dans Bloom-Robert p. 53-73 (Document no. 11), avec présentation p. 14-18. Ce texte constitue une source de grande importance sur les biens de Berlioz à sa mort, et on y renverra dans le commentaire et les notes ci-dessous.

    Sur d’autres documents voir ci-dessous la note sur la vente du Jacques.

Le document de 1866

    Un document qui se trouve maintenant au Musée Hector-Berlioz est le texte que nous publions ici; acquis par nous en 2016 nous en avons fait don au Musée, où il porte maintenant le numéro d’inventaire 2016.04.02. Comme on le voit d’après l’image ci-dessous il s’agit d’une liste d’une page avec le titre Revenu de l’année 1866, qui ressemble par son contenu et sa présentation à la liste de février 1868 citée dans CG VII p. 672 n. 1. Le document, de la main de Berlioz, a été établi à la fin de 1866 ou au début de 1867 (Berlioz a d’abord écrit en haut 1867 avant de corriger en 1866), après son retour vers la fin décembre de son voyage à Vienne en Autriche pour une exécution de la Damnation de Faust. C’est un exemple du souci de Berlioz de rester à jour dans ses finances, et on peut aussi le rapprocher de la pratique de Berlioz d’investir ses économies à la fin de chaque année (voir ci-dessus).

 

Revenu 1866

© Musée Hector-Berlioz

Transcription

    237
    ----
  2370 fr
    474
  ------
  2844
  -----
    52

Revenu de l’année 1866

Conservatoire 2787 fr
Institut 1768 fr
De La Côte par Suat  600 fr
De mon locataire  180 fr
Du chemin d’orléans  615 fr
     id.  157 fr 50 c
De l’emprunt ottoman 1290 fr
Obligation ottoman sortie  500 fr
5 obligations ottoman sorties  902 fr 50 c
Rente sur l’etat 2530 fr
Ville de Paris  280 fr
Compositeurs réunis  127 fr
Droits d’auteur sur Bade   68 fr
Société musicale de Vienne   11 fr
Livres de l’Institut   18 fr
Des intérêts sur la Vente du Jacques 2710 fr
Droits d’auteur pour Alceste 1206 fr
Reçus en bénéfice net à Vienne  300 fr
Restant en caisse le 1er Décembre 1980 fr
Total ---------------
     15,232 17,208 fr 0
     ===== *****2 fr 0 cr

Notes sur la transcription

    Les chiffres inscrits révèlent plusieurs hésitations et ne sont pas toujours certains.

Commentaire

Conservatoire

    Il s’agit ici du salaire de Berlioz comme bibliothécaire du Conservatoire, salaire qui supposait une présence régulière; voir ci-dessus.

Institut

    Il s’agit ici des paiements mensuels pour assister aux séances de l’Institut; voir ci-dessus.

La Côte par Suat

    Il s’agit ici des revenus perçus par Berlioz sur son domaine du Nan à La Côte, sous forme de rentes d’un fermier et du produit de la vente de vin; le domaine était géré sur place par son beau-frère Marc Suat qui lui envoyait l’argent à Paris. La correspondance de Berlioz avec Marc Suat y fait souvent allusion à partir de 1855 (CG nos. 2107, 2255, 2329, 2427, 2659, 2806, 2807, 2924, 2935) mais la seule attestation pour 1866 est dans CG no. 3138.

De mon locataire

    Berlioz n’utilise jamais le mot locataire pour désigner son fermier du Jacques; quant à ses revenus de La Côte il n’en parle qu’en termes généraux sans mentionner le fermier (par exemple CG no. 2329 ‘mon revenu des biens de la Côte’, ou CG no. 2806 ‘mon revenu des vignes de la Côte’; voir la rubrique précédente). D’un autre côté Berlioz ne possédait pas de propriétés à Paris. S’agirait-il ici d’une sous-location par Berlioz d’une partie de son appartement au 4 rue de Calais, malgré le manque de place? La liste de revenus de Berlioz pour février-septembre 1868 citée dans CG VII p. 672 n. 1 inclut la rubrique ‘Le loyer de la chambre’, qui produit la modeste somme de 45 francs, et il pourrait s’agir ici de la même source de revenus que dans le texte de 1866. Il est possible que le locataire anonyme est nul autre que Pierre-Guillaume Schumann: on sait que ce dernier est venu s’installer à la rue de Calais quelque temps avant le début de 1868, évidemment avec l’assentiment de Berlioz, mais on ne sait exactement quand. Schumann n’était pas formellement au service de Berlioz et n’a jamais reçu de gages de lui, mais il a été entièrement dévoué au compositeur à la fin de sa vie (voir la page sur le 4 rue de Calais).

Chemin [de fer] d’Orléans

    L’investissement dans des actions de compagnies de chemin de fer était pour Berlioz un placement sûr (voir ci-dessus). Il avait déjà acheté des obligations dans le chemin de fer d’Orléans avant 1863 et continuera par la suite à en acheter de supplémentaires (CG nos. 2806, 2807, 2935; des obligations dans le chemin de fer d’Orléans figurent aussi dans ses comptes de 1868, cf. CG VII p. 672 n. 1). À la fin de sa vie Berlioz avait accumulé un portefeuille important de 146 obligations, comme le montre en détail l’inventaire après décès de ses biens (Cote cinquième; voir Bloom-Robert p. 17 et 66).

Emprunt ottoman et obligations

    Après la guerre de Crimée l’empire ottoman se mit à emprunter de l’argent en offrant des obligations en Europe par l’entremise de banques occidentales. Il semble que Berlioz ne s’y est intéressé que tardivement; la rubrique ici pourrait renvoyer à l’investissement qu’il méditait à la fin de 1865 (CG no. 3059; cf. CG no. 3025). Berlioz a pu se débarrasser assez rapidement de ces obligations: elles ne figurent pas dans la liste de revenus de 1868 (CG VII p. 672 n. 1) et on n’en trouve pas trace dans l’inventaire après décès.

Rente sur l’État

    Nous n’avons pu trouver d’autres informations sur cette importante source de revenus.

Ville de Paris

    À la fin de 1865 Berlioz envisageait d’investir dans les fonds de la Ville de Paris qui avait lancé un emprunt au cours de l’année (CG no. 3059). À sa mort il possédait 16 ‘obligations municipales’ de la valeur de 500 francs chacune qui produisait un intérêt de 20 francs payable le 1er février et le 1er août de chaque année (Cote sixième dans l’inventaire après décès; Bloom-Robert p. 17 et 67).

Compositeurs réunis

    Cette rubrique renvoie sans doute à des droits d’auteur sur des exécutions de sa musique (Bloom-Robert p. 18); il y a une rubrique semblable dans la liste de revenus de 1868 (CG VII p. 672 n. 1).

Droits d’auteur sur Bade

    À notre connaissance il n’y eut pas d’exécutions de musique de Berlioz à Bade en 1866, mais l’année précédente des extraits des Troyens et de l’Enfance du Christ furent joués en août au festival sous la direction d’Ernest Reyer (CG nos. 3025, 3032). Il est possible que les droits d’auteur des exécutions de 1865 n’aient été payés à Berlioz en tout ou en partie que l’année suivante.

Société musicale de Vienne

   On ne sait l’origine du modeste paiement inventorié ici, qui est sans doute à mettre en rapport avec son voyage à Vienne en Autriche en décembre 1866 pour y faire entendre la Damnation de Faust. Berlioz était invité par Johann Herbeck, président de la Gesellschaft der Musikfreunde, qui est sans doute la ‘Société musicale de Vienne’ à laquelle Berlioz fait allusion ici.

Livres de l’Institut

    On ne sait ce dont il s’agit ici; sans doute de la vente de quelques livres à la bibliothèque de l’Institut, mais la somme est de toute façon modeste.

Intérêts sur la vente du Jacques

    Sur la vente du Jacques voir la rubrique ci-dessous. Le chiffre de 2710 francs ici correspond exactement à CG no. 3178. Mais d’autres lettres de Berlioz à Pal en 1866 mentionnent une série de paiements reçus par lui pour le Jacques, soit rentes du fermier, soit paiements du prix d’achat par l’acquéreur M. Maigné: total 5665 francs, mais il est étonnant que Berlioz omette de les inclure dans sa liste de revenus de l’année (CG nos. 3125, 3127, 3131bis, 3158, 3179).

Droits d’auteur pour Alceste

    Il s’agit ici des exécutions de l’Alceste de Gluck données à l’Opéra en octobre et novembre 1866, et qui figurent largement dans la correspondance de Berlioz de cette époque. En 1861 Berlioz avait déjà supervisé les exécutions d’Alceste à l’Opéra et en avait touché des droits d’auteur. En juillet 1866 Émile Perrin, directeur de l’Opéra, informe Berlioz de son intention de monter de nouveau Alceste et assure Berlioz qu’il continuera à toucher des droits d’auteur aux mêmes conditions qu’avant (CG no. 3145). Berlioz supervise les répétitions de façon intermittente en août et septembre (voir notamment CG nos. 3157, 3159, 3162, 3165, 3166). La première exécution a lieu le 12 octobre, et il y aura en tout 4 exécutions intégrales en octobre et novembre. Pour coïncider avec les exécutions on republie l’édition de Berlioz de la partition d’Alceste (CG nos. 3174, 3180). Berlioz est profondément ému par l’événement. C’est à cette occasion qu’a lieu l’échange de lettres émouvant entre Berlioz et son ancien ennemi Fétis (CG nos. 3169, 3170, 3171, 3173).

Bénéfice net à Vienne

    Il s’agit ici des bénéfices de l’exécution à Vienne de la Damnation de Faust le 16 décembre 1866. Avant son départ Berlioz fait savoir qu’il ne va pas à Vienne pour y faire de l’argent mais pour entendre sa partition (CG no. 3174). À son retour il dit avoir été bien payé, mais que par fatigue il a refusé une offre de donner d’autres concerts (CG no. 3213).

Total

    Le total de tous ces chiffres, à l’exclusion du chiffre biffé pour l’argent restant en caisse au 1er décembre, se monte à 16,050 francs (si les chiffres sont transcrits correctement).

Note sur la vente du Jacques

    Comme on la vu ci-dessus, Berlioz avait la ferme intention de vendre son domaine du Jacques en 1856, ce qui s’avéra impossible à cette époque et dut être remis à plus tard. Ce n’est qu’en 1864 qu’on trouve finalement un acquéreur, mais retards et déceptions vont s’accumuler et entraver la conclusion de la vente et le paiement du prix convenu; à la mort de Berlioz le prix de la vente n’a encore été versé qu’en partie. Telle qu’on la connaît, la correspondance entre Berlioz et ses deux beaux-frères ne présente pas à elle seule une image claire des étapes successives de la vente du Jacques, et le commentaire dans les différents tomes de CG laisse plusieurs détails dans l’ombre. La présente note résume les éclaircissements qu’on peut tirer de plusieurs documents qui sont conservés au Musée Hector-Berlioz à La Côte; comme on peut le constater d’après leurs numéros d’inventaire, ces documents font partie du Fonds Reboul qui est parvenu au Musée par legs en 2011, et proviennent sans doute des papiers de Camille Pal. Les documents sont inventoriés ici en ordre chronologique avec un résumé de leur contenu.

  1. Une convention conclue entre Camille Pal, agissant pour le compte de Berlioz, et Alexis Maigné, propriétaire domicilié à Meylan, pour la vente du domaine du Jacques. La convention est conclue à Grenoble le 27 août 1864 et comporte 3 pages (numéro d’inventaire 2011.02.523). La description du Jacques lui donne une superficie totale d’environ 38 hectares. M. Maigné devient propriétaire du Jacques le 1er novembre 1864, et est habilité à prolonger le bail de l’actuel fermier (M. Jaure); il assume les charges qui tombent sur le domaine à partir du 1er janvier 1865. Le prix de vente est fixé à 65,000 francs, et l’acheteur s’engage à payer 5,000 francs le 1er novembre 1864 avant de prendre possession du domaine, 20,000 francs le 1er novembre 1865, et les 40,000 francs qui restent dans un délai de 4 ans à compter de sa prise de possession du domaine (donc à partir du 1er novembre 1864), à un taux d’intérêt annuel de 5% calculé à partir du 1er novembre 1864 sur le montant dû, payable à la fin de chaque année. Cette convention privée ne semble pas avoir été convertie en un acte public, à l’encontre de la deuxième vente ci-dessous (nos. 3 et 4).
  2. Un compte de deux pages inventoriant les paiements faits par M. Maigné et ses agents à Berlioz entre le 1er novembre 1864 et le 1er novembre 1866 (numéro d’inventaire 2011.02.524). Il ressort de ce document qu’à la date du 1er novembre 1866 M. Maigné avait en fait payé moins du quart du total du prix de vente convenu. Le document suivant montre à l’évidence que M. Maigné cherchait à se dégager du contrat de vente qu’il était incapable d’honorer.
  3. Une convention entre M. Maigné (agissant pour le compte de Berlioz et avec l’entremise de Camille Pal) et M. Claude Gautier, pâtissier à Grenoble, pour la vente du Jacques du premier au second. Le document comporte 4 pages, et est signé et daté du 3 novembre 1866 à Grenoble (numéro d’inventaire 2011.02.529). La description du Jacques lui donne maintenant une superficie totale de 30 hectares et montre que M. Maigné en avait vendu des parcelles à des tierces personnes. M. Gautier prend possession du domaine dès signature de la convention et est habilité à déterminer avec l’actuel fermier (le même M. Jaure qu’avant) le prolongement de son bail, qui avait expiré mais avait été tacitement prolongé jusqu’au 1er novembre 1867. Le prix de vente est de 44,500 francs, à un taux d’intérêt annuel de 5% à partir du 1er novembre 1866. L’acquéreur doit payer 4,500 francs en janvier 1867, 5,000 francs en juillet 1867, et 5,000 francs le 1er janvier 1868. Les 30,000 francs encore dûs seront payés dans un délai de 4 ans comptés à partir du 1er janvier 1867.
  4. Un acte public de vente du Jacques, conclu devant le notaire Julhiet à Grenoble et daté du 7 février 1867, qui reprend avec plus de détails la convention conclue le 3 novembre 1866 (le document précédent). Camille Pal, agissant pour le compte de Berlioz et de M. Maigné l’acquéreur précédent, fait acte de vente du Jacques à M. Gautier. Le document, calligraphié d’une main large, compte 14 pages en tout, y compris des annexes (numéro d’inventaire 2011.02.530). Le prix de vente est maintenant de 40,000 francs [donc moins les 4,500 francs payés au début de l’année], 5,000 francs sont dûs en juillet 1867, 5,000 le 1er janvier 1868, et les 30,000 qui restent dans un délai de 4 ans à partir du 1er janvier 1868, le tout sujet à un taux d’intérêt annuel de 5%.

    Trois autres documents sont des reçus de la main de Camille Pal pour des sommes versées à lui par M. Gautier pour le compte de Berlioz pour le paiement du prix d’achat du Jacques (numéros d’inventaire 2011.02.532 à 4); certaines dates ont été biffées et rajoutées au-dessus et le détail de la chronologie n’est pas tout à fait clair.

    On confrontera les données fournies par les documents ci-dessus avec ce qu’on peut tirer des lettres de Berlioz. Celles de 1864 ne font que de vagues allusions à la conclusion de la première vente (CG nos. 2860, 2880), mais l’année suivante (1865) les références sont maintenant précises (CG nos. 3013, 3059), et dans les lettres de 1866 on trouve plusieurs mentions des problèmes causés par la mauvaise volonté de l’acquéreur M. Maigné (CG nos. 3127, 3137, 3178, 3179). Les allusions à la seconde vente à M. Gautier sont d’abord très générales (CG nos. 3179, 3213), mais deviennent ensuite précises (CG nos. 3215, 3277, 3339). Mais sans les documents des ventes inventoriés ci-dessus il ne serait pas facile de reconstituer le contexte auquel les lettres de Berlioz renvoient, étant donné que la plupart des lettres reçues par Berlioz de Camille Pal (ainsi que de Marc Suat) n’ont pas survécu.

    Dans les derniers mois de sa vie Berlioz, comme on l’a vu ci-dessus, continuait à s’inquiéter de ses finances et notamment de la question du Jacques, qui l’a hanté presque dès son acquisition. L’inventaire après décès de ses possessions montre qu’à sa mort il n’avait touché qu’un peu plus d’un quart du prix de vente convenu de 40,000 francs (M. Gautier devait encore 29,510 francs et 95 centimes, ce qui signifie qu’il avait payé jusqu’alors 10,489 francs et 5 centimes [voir la Cote quatrième dans l’inventaire de ses papiers, Bloom-Robert p. 65-66]).

    Dans la correspondance de Berlioz telle qu’elle se trouve maintenant deux autres questions restent à élucider.

    (1) La situation et les obligations du fermier du Jacques après la vente du 1er novembre 1864. Dans une lettre du 8 juin 1865 qui fait clairement allusion à la vente du 1er novembre 1864 (no. 1 ci-dessus), Berlioz a l’impression que le fermier (M. Jaure) ne lui doit plus rien après janvier 1865, et est surpris de recevoir de Camille Pal un autre versement de rente après cette date (CG no. 3013). Il est tellement touché des regrets exprimés par le fermier de voir le domaine changer de propriétaire, qu’il lui envoie comme cadeau un fusil à deux coups avec sur la crosse une plaque inscrite. (Ce fusil a été découvert en 2008 et se trouve maintenant au Musée Hector-Berlioz à La Côte Saint-André; voir la note ci-dessous sur cette lettre.) Mais d’après des lettres de Berlioz de 1866 il continue à recevoir de Camille Pal des paiements de la part de son fermier du Jacques; CG et NL n’offrent aucun commentaire là-dessus (CG nos. 3125 et 3131bis [dans NL p. 638]). L’explication est sans doute à chercher dans la convention d’août 1864 qui précise que le nouveau propriétaire est libre de reconduire le bail du fermier (on trouve une clause analogue dans les contrats de novembre 1866 et février 1867 [nos. 3 et 4 ci-dessus]). On doit supposer un accord stipulant que le fermier continuerait à payer des rentes à Berlioz pendant quelque temps.

    (2) Une lettre de Camille Pal à Berlioz portant la date du 20 mars 1866 pose un problème plus difficile (CG no. 3120). Pal écrit à Berlioz qu’un client vient de se présenter qui voudrait acheter le Jacques, et il demande à Berlioz quel prix il voudrait demander, lui rappelant que la valeur du domaine avait été estimée à 75,000 francs à l’époque du partage de septembre 1854. Il est surprenant que dans cette lettre Pal ne dise mot du fait que le domaine venait d’être vendu quelques mois plus tôt, et aussi surprenant qu’il demande à Berlioz son prix pour le domaine sans mentionner que ce même domaine avait été vendu à son acheteur pour 65,000 francs! La date de la lettre de Pal est confirmée par une lettre de Berlioz huit jours plus tard, qui laisse entendre qu’il vient de recevoir cette lettre de Pal (CG no. 3125). Pas de commentaire dans CG (tome VII pp. 410 et 415) pour souligner cette anomalie; nous ne savons comment l’expliquer. On remarquera en passant que Berlioz a conservé cette lettre de Pal, ce qu’il n’a pas fait pour bien d’autres; la vente du Jacques importait à ses yeux.

Choix de textes

CG = Correspondance générale (8 tomes, 1972-2003)
NL = Nouvelles lettres de Berlioz, de sa famille, de ses contemporains (2016)

1854

Note manuscrite de Berlioz à Camille Pal (CG IV p. 585 n. 2 avec NL p. 405)

    Je soussigné donne pouvoir à Monsieur Camille Pal de gérer et administrer la propriété du Jacques, commune de Murianette, qui m’est échue dans le partage de l’hoirie de mes père et mère; de régler tout compte avec les fermiers, de retirer les prix de ferme et d’en donner quittance; de vendre les coupes de bois et d’en retirer le prix; de poursuivre toute action devant le juge de paix et de m’y représenter; de faire exécuter tous les travaux qu’il jugera nécessaire dans l’intérêt de la propriété, tels que réparations aux bâtiments et la conduite de la fontaine.

La Côte St André 24 septembre 1854

HECTOR BERLIOZ

[1855]

1856

À Camille Pal (CG no. 2106; 9 mars)

    […] Il est pénible pour nous tous que des éléments de discorde se soient introduits dans la famille, et j’avais espéré que d’anciens motifs d’aigreur entre vous et Suat étaient pour jamais oubliés.
    Puisqu’il en est autrement, à mon grand regret, et que vous avez l’extrême bonté de m’offrir encore votre intervention dans mes affaires, ce sera donc avec vous que je correspondrai à ce sujet (pour ce qui concerne mon domaine du Jacques).
    Soyez assez bon pour me faire savoir de quelle façon, à quelles époques, il vous sera le plus commode de m’en faire toucher les revenus. Maintenant que d’indispensables réparations sont faites à la ferme, j’espère que cette petite administration vous donnera moins d’ennui et vous demandera moins de temps.
    Croyez que je suis bien sincèrement touché et reconnaissant des témoignages de constante amitié que vous me donnez, et ne doutez pas de la mienne. […]

À Marc Suat (CG no. 2107; 15 mars)

    J’ai reçu hier les quatre cents francs de ma rente, je vous remercie. Veuillez seulement à l’avenir m’indiquer l’adresse du banquier où je dois aller toucher (si vous la savez); je ne sais où est le Comptoir d’Escompte; mais je le découvrirai.
    J’ai reçu une lettre de Camille m’informant qu’il se charge de mes affaires du Jacques et qu’il me fera tenir mes revenus de ce domaine à la fin de chaque année. Ce que vous aurez à m’envoyer pour mes revenus de la Côte sera bien peu de chose, et je ne crois pas que cela vaille la peine de me l’adresser tous les deux mois comme par le passé. En outre vous m’avez déjà envoyé deux parts de mon revenu du Jacques de cette année, n’est-ce pas? en janvier et en mars? ou une part seulement? celle que je viens de recevoir? Veuillez m’éclairer à ce sujet. […]

À Camille Pal (CG no. 2112; 8 avril)

    Après bien des réflexions et après avoir longtemps hésité, je me décide à vendre mon patrimoine. Toutes les choses nécessaires à la vie montent maintenant d’une exorbitante façon, l’argent perd de sa valeur, on vient de me forcer à quitter l’appartement que j’occupe depuis huit ans par une augmentation des deux tiers. Le propriétaire de la maison où je suis me demande quinze cents francs de ce qu’il me faisait payer neuf cents. Après huit jours de recherches j’ai dû arrêter près de la barrière un appartement au cinquième [rue de Vintimille] beaucoup plus petit que celui que je quitterai au terme prochain et dont je suis heureux de ne donner que 1300 fr.
    Je suis donc résolu soit à placer ce que j’ai en rentes sur l’Etat, soit à acheter une maison à Paris. Ce dernier placement rapporte à cette heure au moins sept pour cent, et la valeur des maisons, à en juger par ce que je vois, par tout ce que le monde dit, et par ce que les constructeurs et architectes entreprennent, sera le double de ce qu’elle est aujourd’hui dans dix ans. En conséquence je vous prie de faire votre possible pour trouver un acquéreur de mon domaine du Jacques, un acquéreur qui paye promptement s’il se peut. Si j’avais eu la valeur de ce domaine j’aurais pu faire un arrangement très avantageux dernièrement pour une maison. Plus j’attendrai et plus le prix des maisons s’élèvera.
     Il serait vraiment trop déraisonnable à moi de conserver une propriété qui rapporte si peu, que je ne puis en aucun cas habiter, que je ne puis exploiter et qui m’oblige à vous ennuyer par son administration. […]
P.S. J’aurais besoin aussi de quelques indications précises de la valeur et de la nature du domaine du Jacques; je les transmettrais à mon notaire à Paris, qui pourrait de son côté chercher un acquéreur.

À Marc Suat (CG no. 2116; 12 avril)

    […] On nous menace encore de prochaines augmentations. Les maisons acquièrent un prix énorme; et si j’avais eu les fonds nécessaires j’aurais bien été tenté d’acheter celle où je vais demeurer et qu’on vient de bâtir. Lors même que je ne placerais mon avoir qu’en rentes sur l’Etat, et non en une maison qui rapporterait beaucoup plus, j’aurais encore 4 et ½ pour cent au lieu de 2 et ½ que me rendent mes propriétés. C’est diabolique d’être gêné comme nous le sommes, en vivant si modestement, et dans une position de fortune qui pourrait donner l’aisance. Ainsi, mon cher Suat, faites ce que vous pourrez pour faciliter cette vente et celle même de mes autres propriétés. Camille m’écrit que vous pourrez encore plus aisément que lui aider à cette transaction. […]

À Marc Suat (CG no. 2123; 1er mai)

    Votre lettre m’a tout à fait découragé. Tous les gens d’affaires prudents et sérieux que je connais ici sont unanimes sur l’énorme avantage que je trouverais à placer la valeur de mes terres au lieu d’en recevoir le petit revenu, et il semble impossible de les vendre!…
    Faites, je vous prie, tout ce qui est praticable pour vendre ma propriété du Nant, et veuillez m’envoyer les renseignements et explications nécessaires pour que je puisse ici par l’entremise de mon notaire la faire mettre en vente. Lors même que je perdrais sur le prix de la vente, le rapport du nouveau placement de l’argent compenserait promptement cette perte. Il est évidemment absurde d’avoir des propriétés estimées à plus de cent mille francs qui n’en rapportent que deux mille, quand leur valeur en pourrait rapporter six mille et plus.
    Paris s’agrandit, les maisons, les loyers augmentent, et plus on attendra plus on perdra la chance qui existe maintenant de faire de ces capitaux un placement avantageux. […]
    Je n’ai pas besoin d’argent en ce moment, mais l’avenir m’effraie, je ne trouverai pas tous les ans des Concerts de l’Industrie à diriger, des engagements en Allemagne, je ne fera pas régulièrement des partitions comme l’Enfance du Christ, etc, etc.
    En attendant l’âge arrive, et les choses dont je pourrais même tirer le plus d’avantages ne se font pas, par suite de la gêne relative où je suis. Et les intérêts même de mon fils en souffrent; s’il n’avait pour tout bien que ce que je lui laisserais en ce moment, je ne vois pas trop comment il pourrait vivre; ma femme serait dans une position pire encore. Tout cela est très sérieux.
     Je n’ai pas cru possible, mon cher Suat, sans manquer à votre égard de discrétion, de vous demander d’administrer mon domaine du Jacques; telle est la raison qui m’a engagé à accepter l’offre de Pal qui habite Grenoble et n’est pas obligé, comme vous l’eussiez été de faire des voyages pour s’occuper de cette propriété. […]

À Camille Pal (CG no. 2124; 10 mai)

    J’ai reçu le mandat de quatre cents francs que vous m’envoyez sur mes revenus du Jacques. Je ne m’y attendais pas, je pensais ne rien toucher avant la fin de l’année. Ce sera comme il vous plaira. Je vous remercie de vouloir bien vous occuper de vendre ce domaine. Je serai bien reconnaissant, si l’occasion s’en présente, d’avoir vos conseils à ce sujet. Mon intention est bien de vendre mais non de mal vendre, et je vous prierai de n’accorder votre attention qu’à des propositions raisonnables et à des gens qui payent promptement. […]

À Camille Pal (CG no. 2180; 23 octobre)

    Je viens de recevoir le mandat de quatre cents francs que vous avez eu la bonté de m’envoyer de la part de mon fermier du Jacques. Voulez-vous être assez bon pour m’écrire encore quelques lignes au sujet de ce revenu. Je n’ai reçu cette année que 1200 fr (en trois envois de 400 fr) Voulez-vous m’informer de ce que je dois toucher encore ou bien est-ce tout ce que me rapportera le Jacques?
    J’ai eu la négligence en écrivant mes recettes sur mon livre de ne pas préciser d’où me venait chacun des trois envois de Grenoble ou de Vienne, et je voudrais me mettre en ordre à cet égard.
    Je suis sûr d’avoir reçu au moins 800 fr de vous. Veuillez me dire si l’envoi précédent (de janvier) m’est encore venu de vous, et si, comme je vous le demandais tout à l’heure, j’ai encore à toucher de mon fermier quelque somme avant 1857. […]

À Marc Suat (CG no. 2194; 18 décembre)

    [...] Je reçus il y a deux mois de Camille une lettre dans laquelle il m’apprenait ce que j’avais oublié de noter sur mon livre de recettes, à savoir qu’il m’avait envoyé directement à cette époque seulement deux mandats de 400 fr sur le revenu du Jacques, mais qu’il vous avait envoyé le 6 janvier 500 fr et le 18 février 700 fr.
    Veuillez me dire si vous êtes d’accord avec lui sur ce point. En ce cas vous me redevriez donc 400 fr sur les sommes qu’il vous avait transmises, sauf les dépenses que vous avez dû faire pour moi pour le procès etc.
    Soyez assez bon, mon cher Suat, pour m’écrire à ce sujet et me dire ce que vous aurez à m’envoyer avant la fin de cette année, soit sur ce qui vous reste du revenu du Jacques à vous adressé par Pal, soit sur le revenu du Nan. Je veux mettre plus d’ordre que par le passé dans mes affaires et je ne connais pas au juste mon revenu. […]

1857

À Camille Pal (CG no. 2246; 7 septembre)

    […] Mais j’étais absent depuis trop longtemps de Paris; il m’a fallu rentrer aux bercails (car j’en ai trois: L’Institut, le Conservatoire et le Journal des Débats). Et comme dit le Néo-proverbe: là où la chèvre broute, il faut bien qu’elle soit attachée. […]

À Marc Suat (CG no. 2255; 19 octobre)

    […] Puisque je suis sur ce sujet, je vous dirai que j’ai relu dernièrement toutes vos lettres d’affaires pour me renseigner au sujet du bois ou des bois que vous avez vendus pour moi; je n’ai pas trouvé ce que je cherchais. Veuillez me dire combien cette vente a rapporté (que le paiement soit ou non effectué, je sais que vous aviez vendu à credit) c’est-à-dire pour quel prix vous avez vendu et ce qui a été payé sur le prix de cette vente. Vous m’annoncez quelque part que chaque somme venant de cette vente sera par vous placée; ai-je déjà touché quelque chose des intérêts de cet argent? et quand croyez-vous que la somme entière soit payée? […]

1858

À Camille Pal (CG no. 2275; 29 janvier)

    Je pense comme vous que le bail avec mon fermier du Jacques doit être renouvelé. Mais j’ignore (riez si vous voulez), j’ignore à l’heure qu’il est quelles sont les conditions de ce bail. Je n’ai jamais reçu exactement un prix annuel pour ce fermage. Je crois pourtant qu’il s’agit de 2200 fr.
    Or je n’ai pas reçu cette somme en 1857 mais seulement 1950 fr. Il est vrai que vous m’avez envoyé encore 500 fr ce mois-ci pour l’année 1857, ce qui excèderait le prix de fermage et me ferait croire qu’il y a eu au commencement de l’année 1857 une somme arriéree payée pour 1856. De sorte que je ne sais rien de précis.
    Veuillez m’écrire à ce sujet; mais en attendant faites ce que vous jugerez convenable, j’ai la plus entière confiance en vos amicales intentions. Toutefois, dites-moi, serait-il injuste de demander à Jaure une légère augmentation? tout augmente, l’argent perd de sa valeur, les terres doivent nécessairement en acquérir. Voyez et dites-moi votre pensée.
    Mais je vous en prie dites-moi le chiffre exact du prix de ferme et où j’en suis pour les termes échus. […]

À Marc Suat (CG no. 2329; 3 novembre)

    […] Je ne vous prie de m’envoyer que ce qui me reste de mon revenu des biens de la Côte en réservant ce que vous jugerez convenable de garder pour l’extinction de la dette contractée pour les frais du procès Pion. Il me semble, en relisant votre lettre, que les 600 ou 700 fr que vous me proposez de m’envoyer seraient en effet cela. Veuillez me le dire plus clairement, et m’adresser la somme selon le moyen dont vous pourrez disposer. L’envoi en sac et en espèces est bien gênant; je puis être absent, il peut même n’y avoir personne à la maison quand le facteur du chemin de fer se présente et cela occasionne des allées et venues très contrariantes, et de plus une petite dépense. N’avez-vous pas un banquier à Vienne qui puisse nous donner un effet sur Paris?..
    A la fin de chaque année je régularise mes petites affaires, en plaçant mes économies, voilà pouquoi je vous ennuie de ces détails. Merci pour votre offre de me garder à la Côte du vin de cette année. Gardez-m’en plusieurs tonneaux, ma cave est en effet trop petite pour contenir une provision de cette nature. […]

1859

À Marc Suat (CG no. 2427; 2 novembre)

    Veuillez envoyer l’un des deux tonneaux à M. Delaroche, 52 faubourg Montmartre à Paris; l’autre sera à notre adresse. Il est bien entendu que c’est du vin de l’année 1858 et non de celui de cette année. Dites-moi aussi exactement ce que j’aurai à réclamer de M. Delaroche, puisque me voilà marchand de vin il faut que je sache mon métier.
    Adèle me dit dans une dernière explication à ce sujet que vous pouvez avant la fin de cette année m’envoyer 800 fr, qui joints au prix du tonneau de vin, porteraient mon revenu de la Côte pour 1859 à près de 900 fr. C’est beaucoup, je ne croyais pas être si riche. Merci mille fois pour vos bons soins et votre excellente administration. […]

[1860]

1861

À Camille Pal (CG no. 2579; 4 novembre)

    Je viens de recevoir le billet de cinq cents francs que vous avez eu la bonté de m’envoyer de la part de mon fermier. Réglez la diminution qu’il demande comme vous le jugerez convenable. Il redoit encore deux cents francs sur le fermage de cette année, n’est-ce-pas? En tout cas la réduction demandée n’est que pour l’année 1862 et à cause des dégats causés par l’oïdium. […]

1862

À Marc Suat (CG no. 2659; 8 octobre)

    […] Puisque vous avez de l’argent à ma disposition, veuillez me l’envoyer et m’expliquer ce que vous entendez par la réserve. Je ne comprends pas cela, puisque vous m’avez envoyé l’an dernier tout ce que vous aviez reçu pour moi du revenu de la Côte. A ce propos, dites-moi aussi s’il n’y aurait pas moyen de vendre convenablement ces vignes, car il est déplorable de retirer un si mince revenu de ce qui rapporterait deux fois autant placé dans les chemins de fer. J’ai dix actions du chemin [de fer] de Lyon qui me rapportent 7 ½ pour cent, et malgré toute mon économie et mon ordre extrême je suis toujours inquiet pour l’avenir. La saison de Bade peut me manquer tout d’un coup, elle me manquera en effet l’année prochaine, Bénazet ne donnant plus de Festival. […]

1863

À Camille Pal (CG no. 2688; 13 janvier)

    Je suis désolé et confus du tracas que vous causent mes affaires du Jacques; je ne doute pas que vous ne fassiez pour le mieux. Mais ce nouvel accident me détermine à vous parler encore de mon vieux projet de vente. Serait-il donc impossible de trouver un acquéreur pour cette ferme? Si je la vendais, l’argent de sa vente me rapporterait au moins cinq pour cent, et je n’en retire pas deux et demi. Peut-être mon cousin Victor pourrait-il trouver cela; tâchez donc de le voir à ce sujet, quand vous en aurez le temps. Je suis toujours dans la crainte de perdre 2000f de rente, par la cessation de mon engagement annuel pour Bade. La suppression des jeux est toujours annoncée et dès lors plus de musique. En outre Bénazet paraît décidé à ne plus donner de Festival, son théâtre absorbe tout maintenant. […]

À Joséphine Suat (CG no. 2689; 13 janvier)

    […] Que devenez-vous? Quel est le genre d’ennui qui vous accable en ce moment à Vienne? L’orage vous a-t-il éprouvés? comme il a fait à mon domaine du Jacques où il a renversé une maison qu’il me faut rebâtir. […]

À Camille Pal (CG no. 2694; 3 février)

    Je viens de recevoir la somme de cinq cents francs que vous m’envoyez de la part de mon fermier du Jacques. Je vous remercie. J’ai reçu une lettre de mon cousin Victor et je lui ai répondu. La difficulté de vendre ma propriété prouve combien j’ai raison de vouloir m’en défaire. Tout capitaliste fait mon raisonnement. Néanmoins il se peut que l’on trouve un acquéreur tôt ou tard; si le domaine eût été mis en vente il y a cinq ou six ans je serais probablement plus riche aujourd’hui que je ne suis. […]

À Marc Suat (CG no. 2806; 26 novembre)

    [...] Dites-moi en même temps quand vous pourrez m’envoyer mon revenu des vignes de la Côte. Vous m’obligerez beaucoup; je voudrais faire un placement avant la fin de l’année. [...]

À Marc Suat (CG no. 2807; 29 novembre)

    Je viens de recevoir les huit cents francs, revenu de mes vignes de la Côte, que vous avez bien voulu m’envoyer. Je vous remercie. Je veux acheter des obligations du chemin de fer d’Orléans dont j’ai déjà une certaine quantité. C’est un placement fort sûr. [...]

1864

À Marc Suat (CG no. 2833; 12 février)

    Je consens volontiers à la vente de mon domaine du Nant, si vous en trouvez un bon prix, et si le payement ne doit pas se faire attendre. Croiriez-vous que je ne sais pas si ce domaine est tout ce que je possède à la Côte. Veuillez m’informer à ce sujet, je l’écrirai pour ne plus l’oublier.
    J’ai pleine confiance en vous pour cette vente, mais avant de conclure faites-moi savoir ce qu’on offre. [...]

À Camille Pal (CG no. 2860; 24 mai)

    [...] Terminez quand vous pourrez l’affaire de la vente, mais ne vous en préoccupez pas je vous prie. [...]

À Marc Suat (CG no. 2880; 15 août)

[...] P.S. Tâchez donc de vendre mes propriétés de La Côte. J’ai une publication musicale très importante qui reste en suspens parce que je n’ai pas assez de revenus [la publication de la grande partition des Troyens]. Cela me tourmente. Et cependant je place tous les ans quelques milliers de francs. On me parle toujours de vendre le Jacques; Pal m’écrit, mon cousin Victor m’écrit à ce sujet, et cela n’aboutit à rien. Voilà bien de l’argent perdu d’une sotte manière.

À Marc Suat (CG no. 2924; 1er novembre)

    N’oubliez pas la promesse que vous m’avez faite de m’envoyer au commencement de ce mois tout l’argent que vous avez à moi. Sans cette somme je ne puis entreprendre la publication importante que j’ai projetée et qui est déjà fort en retard. Faites votre possible, vous m’obligerez beaucoup. [...]

À Marc Suat (CG no. 2935; 1er décembre)

    J’ai reçu hier les deux mille francs que vous m’avez envoyés pour compléter ce que vous aviez encore à moi entre les mains. Je vous remercie de vos renseignements et de vos intentions pour le reste. Des difficultés qui se sont élevées entre mon éditeur et moi m’empêchent en ce moment de réaliser mon projet de publication; en attendant j’ai employé la première somme à un achat d’obligations du chemin de fer d’Orléans. Vous voyez que j’ai de l’ordre. [...]

1865

À Camille Pal (CG no. 3013; 8 juin)

    J’ai reçu ce matin les quatre cents francs que vous m’avez envoyés de la part de mon ex-fermier du Jacques. Je croyais qu’il ne me devait plus rien depuis le mois de janvier, et que je n’aurais à toucher, cette année, que les mille trois francs d’intérêt de mon acquéreur (au mois de novembre) et les vingt mille francs du premier paiement qu’il devra faire alors. Me suis-je donc trompé dans mes calculs? Veuillez m’écrire quelques lignes pour me fixer à ce sujet. Je ne sais pas le nom de mon acquéreur [M. Maigné, CG nos. 3059, 3127, 3179] ni celui de son notaire. Je pense que tout cela est écrit dans l’acte que vous m’avez remis. (Naïveté sublime!)
    Mais, ce qui est moins bête, je vous prie de m’écrire comment s’écrit le nom de ce brave fermier qui, m’avez-vous dit, regrettait de voir passer mon domaine en d’autres mains, est-ce Jorre ou Jaure?
    Je veux lui envoyer un souvenir, un bon fusil à deux coups de Devisme; je ferai mettre son nom et le mien sur la crosse. Puis je vous adresserai cela à Grenoble et vous aurez la bonté de lui faire savoir que vous le tenez à sa disposition. [...]

[Note: par un coup de hasard extraordinaire ce fusil a été retrouvé en 2008 sur une décheterie dans la banlieue de Grenoble; il se trouve maintenant ou Musée Hector-Berlioz à La Côte-Saint-André. Sur la crosse se trouve une plaque avec l’inscription: “1865 A Mr J. Jaures - Souvenir de Mr Hector Berlioz”]

À son fils Louis Berlioz (CG no. 3025; 11 juillet):

    […] Je suis allé hier chez l’agent de change, il n’y avait pas assez de tes cinq cents francs pour acheter deux obligations ottomanes qui rapportent 9 pour cent. Ainsi, de l’avis de l’agent, j’attendrais que tu m’envoies ce que tu m’as dit qu’on te devait pour t’acquérir une petite rente. […]

À Camille Pal (CG no. 3059; 5 novembre)

    Je vous remercie mille fois des soins que vous prenez pour mes affaires dans l’état de santé où vous vous trouvez. J’ai reçu le mandat que vous m’envoyez de la part de M. Maigné, et je vous adresse revêtu de ma signature le reçu que vous devez lui remettre. Je ne croyais pas en avoir un à lui donner, vous en ayant signé un à mon dernier passage à Grenoble.
    Quant aux vingt mille francs qu’il ne paye pas, son retard me dérange beaucoup, car j’avais compté mettre cela dans les fonds ottomans et dans ceux de la ville de Paris dont j’aurais touché des intérêts au mois de janvier prochain. M. Maigné payera donc quand il voudra? ce n’est pas du tout ce qu’il avait annoncé dans l’origine, et ce manque de parole dès la première époque du payement, ne me rassure pas sur l’avenir. Tâchez quand vous pourrez le voir de le faire s’expliquer catégoriquement là-dessus. [,,,]

1866

Camille Pal à Berlioz (CG no. 3120; 20 mars)

    Je viens de voir un homme d’affaires de notre ville qui m’a demandé au nom d’un de ses clients à faire l’acquis[ition] de votre domaine du Jacques; ces messieurs désirent connaître le prix que vous voulez avoir de votre propriété; je viens donc vous prier de me dire quelles sont vos prétentions; pour vous fixer, autant que possible, sur la valeur de votre domaine, je crois devoir vous rappeler qu’il a été estimé dans le partage du l’hoirie de vos parents à la somme de 75,000 francs. […]

Sur cette lettre voir ci-dessus

À Camille Pal (CG no. 3125; 28 mars)

    Je viens de recevoir le mandat de quatre cents francs que vous m’avez envoyé de la part de mon fermier du Jacques. Je vous remercie de vos soins pour la vente du domaine, j’attends l’acquéreur et je maintiendrai le prix que vous avez demandé. […]

À Camille Pal (CG no. 3127; 6 avril)

    Voici la procuration demandée; je n’ai pu l’avoir plus tôt. Je vois que M. Maigné ne tient pas plus à ses paroles qu’à ses écrits. Le fort acompte qu’il devait me donner avant Pâques se réduit à un billet payable au 1er juillet. Je pense que ce billet sera payé avec les intérêts des 5000 fr pendant huit mois. [...]

À Camille Pal (CG no. 3131bis [NL p. 638]; 30 avril)

    J’ai reçu les cinq cents francs que vous m’avez envoyés hier de la part de mon fermier du Jacques. […]

À Camille Pal (CG no. 3137; 31 mai)

    Je viens de recevoir les trois mille francs que vous m’avez envoyés de la part de M. Maigné sur le prix d’acquisition de mon domaine du Jacques. Je vous remercie. […]

À Marc Suat (CG no. 3138; 6 juin)

    J’ai reçu les deux cents francs que vous m’avez envoyés pour le prix de la vente de mon vin de La Côte; je vous remercie. […]

À Camille Pal (CG no. 3158; 3 septembre)

    J’ai reçu le billet de douze cent quarante francs que vous m’envoyez de la part de M. Maigné; somme dans laquelle est comprise celle de dix francs qu’il me rembourse pour frais de procuration. […]

À Joséphine Suat (CG no. 3174; 23 octobre)

    [...] Je ne sais ce qu’on me donnera à Vienne pour frais et honoraires, je les ai prévenus que je ne voulais pas le savoir et que j’accepterais les yeux fermés. Qu’importe! Je suis trop content d’y aller et de réentendre ma grande partition, si hardie et de l’entendre exécuter sans peur et sans reproche. [...]

À Camille Pal (CG no. 3178; 1er novembre)

    J’ai reçu par vous de la part de M. Maigné la somme de deux mille sept cent dix francs pour les intérêts de ce qu’il me doit encore sur le prix du Jacques. Je vous remercie. Vous pouvez m’envoyer aussi l’acompte qu’il vous a promis […]

À Camille Pal (CG no. 3179; 8 novembre)

    J’ai reçu le mandat que vous venez de m’envoyer (de cinq cent vingt-cinq francs) pour acompte du prix de mon domaine du Jacques.
    Je suis très content de ce que vous m’apprenez relativement à une nouvelle transaction.. J’espère que le nouveau propriétaire payera mieux que M. Maigné. [...]

1867

À Camille Pal (CG no. 3213; 12 janvier)

    [...] J’étais trop fatigué [à Vienne], il faisait trop froid, et je n’avais à gagner que de l’argent. On m’avait d’ailleurs indemnisé largement de toutes mes dépenses. Ah! c’était grandiose.
    Dites-moi, je vous prie, si la somme que vous m’envoyez est un à compte sur le prix, ou si elle contient des intérêts, et combien on me doit encore. Je ne me retrouve pas clairement dans tout cela.

À Camille Pal (CG no. 3215; 21 janvier)

    Je viens [de] recevoir votre lettre et les quatre mille cinq cents francs qu’elle contenait de la part de mon acquéreur du Jacques. Je vous remercie aussi des renseignements que vous me donnez. [...]

À Marc Suat (CG no. 3262; 22 juillet)

    Je viens de recevoir votre billet de cent francs pour le reste du revenu de La Côte. Je vous remercie. Mais, toute réflexion faite, si vous trouvez à vendre ces propriétés, n’y manquez pas je vous prie, le revenu est trop faible et c’est un embarras que je vous donne. [...]

À Camille Pal (CG no. 3277; 24 septembre)

    Je ne sais pas précisément à quelle époque du mois de novembre vous comptez m’envoyer les intérêts que doit me payer mon acquéreur du Jacques. Si vous pouvez me faire toucher cette somme avant le 12 elle serait la bienvenue, sinon gardez-la, par la raison que voici [son voyage en Russie] [...]

À Marc Suat (CG no. 3299; 1er novembre)

    [...] Ne m’envoyez pas les quatre cents francs dont vous me parlez, puisque c’est de l’exercice de 1868 il n’y a pas besoin d’anticiper. Je vous remercie néanmoins de votre bonne intention. [...]

Voir CG no. 3338

1868

À Camille Pal (CG no. 3337; 19 février)

    [...] J’ai dîné hier avec Joséphine et son mari. Ils m’ont dit que vous aviez de l’argent à m’envoyer. Envoyez-le moi, je veux mettre toutes mes affaires en ordre avant de repartir. [...]

À Marc Suat (CG no. 3338; 19 février)

    [...] Je vous écris ces trois mots pour vous prier de m’envoyer l’argent que vous aviez à me remettre avant mon départ (pour la Russie). [...]

Camille Pal à Berlioz (CG no. 3339; 20 ou 21 février)

    [...] Je m’empresse en conséquence de vous adresser les fonds que j’ai reçu pour vous de vos acquéreurs du Jacques, la somme importante de 6260 fr., savoir 1260 fr. de M. Maigné, votre premier acquéreur pour solde de son compte, et 5000 fr. de M. Gautier votre dernier acquéreur à valoir sur son prix d’acquis[iti]on.
    Vous trouverez ci-inclus un mandat de 6260f de la Banque de France à votre ordre payable le 3 mars prochain. Je vous prie de m’accuser réception de cet envoi. [...] [Voir CG no. 3343]

À Camille Pal (CG no. 3376; 11 novembre)

    Voyez, je vous prie, M. Juillet [Julhiet] pour terminer mon affaire, je ne puis en sortir sans vous, il voudrait acheter la créance. […]

À Camille Pal (CG no. 3377; 27 décembre)

    [...] Je suis impatient de sortir de mes embarras d’argent, vous me vous me [sic] tenez, aidez moi à en en sortir. Aidez-moi. Une lettre n’est pas bien longue. [...].

Site Hector Berlioz créé le 18 juillet 1997 par Michel Austin et Monir Tayeb; cette page créée le 15 mai 2018.

© Musée Hector Berlioz, pour l’autographe et l’image. Tous droits réservés.
© Michel Austin et Monir Tayeb, pour la présentation et le commentaire. Tous droits réservés.

Retour à la page Exécutions et articles contemporains
Retour à la Page d’accueil